Fragments de patrimoine: rue Ste-Marie (est), de St-François à St-Pierre

Rue Sainte-Marie, vers le sud (c1935)

En 1766, Jean-Baptiste Dupré a loti sa terre en 27 terrains, avec l’autorisation de son seigneur. Le 27 décembre 1777, durant l’occupation du bourg par des détachements britanniques et des auxiliaires allemands, il a vendu le lot situé au coin sud-est des rues Sainte-Marie et Saint-François, de 93 pieds sur 90, au maître charpentier Raphaël Vaillancourt  (et Marguerite Charbonneau) de l’île Jésus. Ce dernier a pour voisin au sud, un terrain similaire de 90 pieds sur 90, au coin nord-est des rues Sainte-Marie et Saint-Pierre (partie du stationnement municipal actuel), qui appartient au maître-maçon Joseph Rancourt. Étrangement, les titres de propriétés de Rancourt ne sont homologués devant notaire que le 6 mars 1781, soit 4 ans plus tard, dans un contrat quelque peu ambigu.

Le charpentier Vaillancourt construit une maison de pièces sur pièces, une étable et d’autres dépendances sur cet emplacement qu’il vend à Germain Gariépy, habitant de l’île Jésus, en 1784. Dans sa description, le notaire Dufault mentionne que  l’emplacement voisin au sud appartient désormais à la veuve de Joseph Rancourt. Par la suite, le terrain et la maison changent de mains à plusieurs reprises : Joseph Maurice dit Lafantaisie, tonnelier  (1788), Jean-Baptiste Prévost, tonnelier,  (1793), la succession Jacob Jordan (1798), Jean-Baptiste Roy, marchand (1825) et Léon Lajeunesse, menuisier (1847). Le terrain mesure toujours 93 pieds sur 90 et il comporte encore une maison en bois et d’autres dépendances.

Lajeunesse conserve l’emplacement jusqu’en février 1883, soit durant 36 ans. Lorsqu’il vend le tout au barbier Jean-Baptiste Crépeau, l’emplacement a déjà été subdivisé en deux lots (#250 et #249 au cadastre hypothécaire de 1877) et l’un d’eux (#250, de 48 pieds sur 90) compte des «  maisons et autres dépendances ». Le lot voisin, vendu à Rancourt en 1781, porte le numéro 248; il comporte une maison en pierre et appartient au docteur J. Sergius Archambault, alors maire de Terrebonne.

Aujourd’hui, trois terrains occupent la surface totale de l’emplacement originel; trois bâtiments y ont été érigés qui sont occupés le premier principalement par la firme de placements  Gemel (no. civique195, Sainte-Marie, coin Saint-François), le second par MicroKlimat Coiffure (no. civique 185) et le troisième par la Steakerie Sainte-Marie (no. civique 183). Ce dernier emplacement a été détaché du lot 249 en 1891 et mesurait 31 pieds sur 90 le long du lot 248. Il a été vendu par le barbier Crépeau à William Robinson et comportait une maison en bois et d’autres dépendances.  L’année suivante, Robinson échangeait son terrain avec celui d’Olympe Brière, situé  sur la même rue, au nord de la rue Saint-François.  Le barbier Crépeau ou le menuisier  Brière a construit la maison de style « boomtown » occupé par la firme Gémel.

De style “boomtown” classique avec sa corniche à encorbellement et son entrée principale en encoignure surmontée d’une tourelle, d’inspiration victorienne, typique du Vieux-Terrebonne. On ignore encore l’année de construction de ce bâtiment. Nous avons déjà fait référence à l’observation de la volumétrie d’un bâtiment pour en déceler les modifications probables. Nous avons un bel exemple ici. On remarque par la façade du coté de la rue Saint-François, qu’il y a eu un ajout important vers l’arrière, section de la 3e fenêtre. De plus, la pente du toit nous indique que la façade principale originelle était sur la rue Sainte-Marie et que l’ouverture en encoignure a été ouverte bien après la construction, comme ce fit le cas avec le bâtiment occupé par le restaurant Da Pietro.

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L’emplacement du salon MicroKlimat a été détaché par Désiré Bertrand (alors propriétaire depuis 1899). Il a été vendu à Henri Roussille, peintre, en janvier 1902. C’est sur cette portion que s’élevait la boutique construite par barbier Crépeau, une remise et d’autres bâtiments. La boutique est louée et exploitée par le barbier Marcel Richard qui, en 1917, s’installera sur la rue Saint-Pierre, au coin de la rue Saint-André. Si l’on se fie à cette transaction et à la vue d’ensemble du Vieux-Terrebonne, l’édifice en brique actuel a été construit après 1902, à une date indéterminée.

De style “boomtown” en briques, cet édifice comporte quelques particularités intéressantes. D’abord son immense parapet richement décoré (je vous fais grâce des termes précis) et, surtout, sa toiture à pignon. Les maison boomtown ont habituellement un toit légèrement incliné de l’avant vers l’arrière. Les fenêtres à imposte sont légèrement cintrées. On remarque aussi le solage en pierre. Cette maison a été “convertie en duplex”. Il y avait probablement un escalier intérieur pour accéder à l’étage. Cette maison a remplacé la boutique de barbier de Crépeau et de Richard. Si en 1910, le tailleur E. Martineau y exerçait son art, en 1911 Charlie Lee et Fred Lee son fils, originaires de Hong-Kong, y tenaient une blanchisserie.

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Finalement, le résidu du lot 250, mesurant 36 pieds sur 90, a été vendu par Bertrand à Marie Lapointe, veuve du barbier Crépeau, en février 1902. L’emplacement comportait une maison en bois. Malheureusement, on ne saurait dire s’il s’agit de la maison actuelle ou d’une autre, car elle n’est pas plus décrite que les autres, les notaires étant devenus de moins en moins loquaces avec le temps. D’autres sources documentaires ou orales pourront sans doute nous éclairer un jour. Le terrain et la maison restèrent la propriété de la famille Crépeau-Lapointe jusqu’en 1974.

Cette maison “boomtown” a été redécorée en fausse mansarde ou style Second Empire. En 1910, Alphonse Boisvert y exploitait une épicerie. Peu de temps après, il acheta l’immeuble.

Immeuble avant rénovation

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